Avec un rythme d'un album par an depuis 2021, Denuit squate nos playlists de manière régulière et n'est jamais loin. Pas d'album en 2024 mais pas de panique : le duo originaire de Montpellier revient avec LOVE violence, une nouvelle collection d'hymnes electro-goth pour sangloter sur le dancefloor. Ivi Topp et Lis Araignée le présentent comme un voyage au travers des différentes facettes de l'amour, que ce soit beau, douloureux, ou tout ce qui se trouve entre les deux.
Le beau, le douloureux et surtout cet entre-deux qui mélange les émotions contraires avec poésie, Denuit s'y connait. Les lamentations de Lis Araignée, théâtrales, rappellent les spectres des grandes reines gothiques pendant que la musique, synthétique, emprunte à différentes époques. Des restes de post-punk et d'EBM, des airs de darksynth à la Perturbator, des beats plus rentre-dedans comme une version fantomatique de Sexy Sushi... Denuit fait danser de diverses manières.
On se laisse lors emporter par les complaintes de wounded HEART, sanglots d'âme en peine qui trimballe son spleen entre une mélodie accrocheuse et des rythmiques catchy. Denuit est fait pour se dandiner dans la pénombre d'une maison hantée, d'une piste de danse abandonnée, entre les tombes d'un cimetière oublié. Ses effets façon thérémine spooky sont à la fois mélancoliques et chargés de réjouissantes vibes spooky automnales.
Alors qu'au cours de sa séance de spiritisme musical Denuit ressuscite quelques souvenirs 80s pour les incorporer à une musique plus moderne, on apprécie la personnalité qui irradie des morceaux. Outre les mélanges d'humeur et l'équilibre souvent juste entre introspection et festivités tristes (Banshee, bleeding LOVE ou la plus désespérée Cyanure), cette voix singulière incarne des textes qui oscillent entre français et anglais. Denuit, loin d'être nihiliste et abattu, fédère comme un phare ténébreux attirerait les papillons de nuit égarés : CHAOS est un hymne rassembleur, une ode à l'imprévu et à l'errance qui se loge en tête. Romantisme, encore, et fière revendication : embrassons-donc nos "bizarreries" !
On peut alors apprécier tout un tas de choses dans ce LOVE violence. De manière très simple, on s'y amuse beaucoup, ça remue, les atmosphères horrifiques et gothiques font mouche. Et puis, il y a cette grâce, cet étendard fièrement brandi, hommage aux paumés, aux différences. Dans sa démarche, Denuit propose finalement une définition de l'humanité large, généreuse, qui s'affranchit de détails mesquins pour inclure jusqu'aux spectres dans leur fête romantique. Et si jamais les choix typographiques d'écrire certains mots en minuscule et d'autres en majuscule vous laisse perplexe, alors nous ferons juste le choix d'y comprendre que pour eux l'amour sera toujours plus grand que la violence. Voilà un album aussi attrayant qu'attachant : ces deux-là n'ont pas fini de toucher vos petits cœurs noirs tout en secouant vos popotins.