Chronique | Supershotgun - Rescue Through Time

Pierre Sopor 2 avril 2025

Il est de retour et il n'est pas content : la tagline est facile et se lit avec une grosse voix, comme un slogan percutant qui sent à la fois les dessous de bras et la nostalgie, du neo-retro-futurisme pour machos, mais des machos qui aiment se dandiner. Supershotgun sort un second EP, un an après avoir fait découvrir son univers avec The North Hollywood Heist Collection (chronique). Le logo sorti d'un jeu de shoot 8-bit n'a pas bougé et ce Rescue Through Time, à nouveau masterisé par Arco Trauma (Sonic Area, Les Tambours du Bronx, Chrysalide) promet une nouvelle session de synthwave musclée... en plus gros, plus fort, plus dur !

Il y a quelque chose de profondément fun, un truc ludique chez Supershotgun qui devient flagrant en live. Ce type bricole et s'amuse. Au plaisir régressif de la nostalgie s'ajoute alors celui, enfantin, de la création dans le jeu. Il se bricole un exo-squelette pour ses concerts comme il bricole ses morceaux, apprenant sur le tas à une allure défiant toute logique, porté par la meilleure motivation : parce que c'est COOL. On sait que tout cela peut sembler un peu désuet, cet univers fait d'adultes qui se bagarrent et se tirent dessus en faisant des pirouettes dans des explosions, un monde plein de mafieux exotiques qu'on dézingue par centaines, de robots super-intelligents et, on l'espère, plein de gentils chiens héroïques. Alors on rigole. Mais on prend aussi les choses très au sérieux, avec un amour sincère... comme cette pochette, pastiche / plagiat pas du tout déguisé de Type O Negative, qui n'a pas grand chose à voir avec le contenu du disque. On joue, on rend hommage, encore.

Parlons-en, d'ailleurs, de la musique. Comme toute bonne suite, ce Rescue Through Time assombrit le ton. Les touches plus solaires et dépaysantes ont presque disparu au profit d'une ambiance plus lourde dès la menaçante introduction éponyme. Et puis ensuite, la bagarre. Les nappes oppressantes sont prises d'assaut par des mélodies simples et efficaces, dans un minimalisme hérité de John Carpenter. Le rythme s'affole et l'on sent dès Shrapnel City que Supershotgun a mis les bouchées doubles sur le "spectacle" : plus agressif, plus dark, plus rentre-dedans, son deuxième EP sue la baston, les courses-poursuites nocturnes et les lumières aveuglantes de tunnels traversés à toute allure.

L'ombre de Perturbator est très présente, bien sûr. On apprécie le soin apporté aux atmosphères et qui, en lisant la tracklist en parallèle, donne à l'EP sa touche cinématographique et narrative : évidemment que ce son opaque et dangereux de Mastermind est là pour nous présenter LE MÉCHANT. Bien sûr, les péripéties DU HÉROS sont pleines de rebondissement et de moments de doute, comme la sinueuse TRUSTNO1 et son ambiance futuriste pessimiste et mystérieuse très réussie, ou la mélancolie de Thy Flesh Consumed qui correspond probablement au moment où LE HEROS s'est pris une dérouillée par LE MÉCHANT et est à deux doigts d'abandonner. Heureusement, il recevra entre-temps l'aide d'un side-kick (peut-être que c'est le moment d'introduire le gentil chien ? pitié, pas un gamin agaçant qui joue mal), ou un souvenir émouvant pour le remettre sur pieds. Puis, bouquet final : Fear, Surprise & Ruthless Efficiency charcute avec entrain avant un final qui, évidemment, renvoie au début : cette fois, LE MÉCHANT va se faire salement botter le train, probablement au sommet d'un truc en train de brûler. Le héros, aidé de son gentil chient et fort de ses nouveaux pouvoirs (et des GROS FLINGUES) a gagné, ouaiiiiis !

A vrai dire on s'en sait rien. Peut-être qu'en fait, tout cela nous raconte la déprime d'un androïde alcoolique et pilote de course. Ou d'un chien télépathe espion au service du Nouvel-URSS mais hanté par les remords. Ou d'un culturiste champion de BMX. Ce qui compte, à vrai dire, c'est que la musique de Supershotgun s'est étoffée, a gagné en mordant et en efficacité sans perdre de son pouvoir d'évocation. Le plus important est là : dans ce plaisir simple et ludique de laisser libre cours à son imagination et sa créativité, de transmettre ce plaisir ludique de manière décomplexée... et de le faire avec une musique qui bastonne. On l'a toujours su au fond de nous : les fiestas les plus fun sont celles où tout le monde, petit et grand, a un fusil d'assaut à la main et quelques grenades pour mettre de l'ambiance !